Un Français sur cinq touché par la dépression

26 10 2007

L’association France dépression veut lutter contre les a priori et la stigmatisation dont les patients sont l’objet.

PLUS de trois millions de Français sont submergés chaque année par les ravages de la dépression, un mal qui ne cesse de progresser avec la précarité, la solitude, l’avancée en âge. C’est le trouble mental le plus répandu dans les sociétés occidentales, ont pointé les psychiatres lors de la quatrième journée européenne organisée la semaine dernière à Paris à l’initiative de France-Dépression (1). Une association composée de patients, de famille et de médecins.

D’après le ministère de la Santé, près d’une personne sur cinq aura à subir au cours de son existence les affres de cette indicible souffrance morale qui vous laisse K.-O. debout, avec une intense dévalorisation de soi, une perte de toutes ses capacités habituelles et une seule envie, celle d’en finir.

Les Français ont une perception du phénomène qui majore les chiffres officiels, puisque 35 % d’entre-eux, interrogés par le Credoc, estiment avoir déjà souffert d’une dépression.

Elle frappe en fait près de 8 % de la population de 15 à 75 ans en France, avec deux classes d’âge plus à risques : les 18 – 25 ans dans les deux sexes, les hommes de 35 à 44 ans, les femmes de 45 à 54 ans.

Plusieurs enquêtes mettent en évidence une prévalence plus importante chez les personnes au chômage ou chez celles qui vivent dans des conditions précaires. Analysant les rapports entre notre culture contemporaine axée sur la performance, l’individualisme et la dépression, le Pr Didier Sicard, président du Comité d’éthique, estime que la société actuelle fait le lit de la maladie. « On ne prend pas assez en cause les conditions de contrainte que vivent les salariés face à des situations de harcèlement moral, de menace de licenciement ou d’exclusion si fréquentes », dénonce-t-il.

« Des réponses graduées »

En outre, cette longue descente aux enfers suscite encore beaucoup trop d’incompréhension, voire de stigmatisation et de rejet. Elle reste de surcroît encore trop mal diagnostiquée et trop peu prise en charge. « Seule la moitié des malades ont accès au système de soins et parmi ceux-ci, 50 % seulement recevraient un traitement adéquat », affirme le Pr Emmanuelle Corruble, chef du service de psychiatrie au CHU de Bicêtre. Pour plusieurs raisons. À commencer par le fait que la grande majorité des patients vont consulter leur généraliste. Or celui-ci n’a souvent ni le temps ni la formation suffisante pour les traiter correctement. Mais cette spécialiste se garde bien de mettre en cause les médecins de ville. Bien au contraire : « Il faut bien souvent de trois-quarts d’heure à une heure pour bien poser le diagnostic, une durée bien trop longue pour le généraliste qui ne peut y consacrer autant de temps. »

Autre problème mis en avant par le Pr Corruble, « le fait que les antidépresseurs soient prescrits à dose insuffisante et pour une période trop courte ». Mais on ne saurait pour autant oublier la prise en charge psychologique. « Psychothérapie seule pour les troubles dépressifs légers, résume-t-elle. Mais en revanche, c’est une faute de ne proposer qu’une psychothérapie isolée en cas d’épisode modéré à sévère. » Il faut obligatoirement y adjoindre une prescription adaptée d’antidépresseurs. « Des travaux récents ont montré qu’ils interviennent sur la neuroplasticité cérébrale », précise le Pr Jean-Pierre Olié, chef de service au centre hospitalier Sainte-Anne à Paris. « Lors d’une dépression, la fabrication de nouveaux neurones est ralentie essentiellement au niveau du cortex préfrontal et du cerveau émotionnel, ajoute-t-il. Mais sous antidépresseurs tout comme d’ailleurs sous psychothérapie, de nouveaux neurones réapparaissent. »

La psychothérapie reste complémentaire des traitements médicamenteux. « À condition d’avoir au préalable évalué les degrés de souffrance du patient afin de lui proposer des réponses adaptées et graduées, estime le Pr Frédéric Rouillon, chef de service de psychiatrie à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. Mais cette thérapie doit être réalisée par des professionnels dûment formés et non pas par des psychothérapeutes autoproclamés. » Il plaide aussi pour que « le patient soit réellement informé par son thérapeute des résultats escomptés et des délais nécessaires pour les obtenir ».

Désireux d’éviter des surprises désagréables à la personne en quête de « soutien par la parole », il insiste aussi pour que « le prix de la consultation et le mode de règlement soient bien précisés. Rien ne devrait d’ailleurs s’opposer au règlement par chèque ». Enfin, il souhaite que les jeunes psychiatres mais également les jeunes psychologues « puissent bénéficier d’un véritable cursus de formation, axé sur les multiples pratiques et que celles-ci soient correctement évaluées ».

(1) Renseignements : 01 40 61 05 66 et www.france-depression.org

Source : http://www.lefigaro.fr/sciences/20071016.FIG000000064_un_francais_sur_cinq_touche_par_la_depression.html


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